Vraiment en panne?

Nouvelle écrite par Voiceofcloud

Clara Manson, une jeune fille de dix-sept ans, revenait de son travail. Il était près de vingt heures quand elle s'enfonça avec sa voiture rouge dans le chemin qui la conduirait à sa demeure. Celle-ci était en plein milieu de la forêt, loin de tout, pas une seule maison à moins de cinq kilomètres. Clara aimait bien son domicile, mais pendant les jours où il faisait orage et surtout lorsque ses parents étaient partis en voyage, elle aurait bien pu s'en passer. Quand Clara arriva chez elle, elle alluma un feu de foyer et se prépara quelque chose à manger. Elle aimait la vue du feu, cela représentait pour elle de la chaleur, de l'amour, ça la sécurisait. Elle s'assit devant le foyer et mangea une pomme. L'atmosphère était devenue accueillante; la pièce était chaude et les murs d'une couleur si rayonnante que Clara en oubliait presque les grondements de tonnerre.

Soudainement, quelqu'un sonna à la porte. Clara alla répondre; c'était un homme, âgé d'à peu près vingt et un ans. Il lui dit qu'il était en panne et lui demanda la permission d'utiliser son téléphone. Clara le fit entrer et lui indiqua la direction de l'appareil. Il se dirigea par là et Clara le suivit de près. Elle était méfiante, car personne ne vient dans ce coin perdu d'habitude, surtout pendant un orage. La jeune homme se tourna vers Clara, il avait l'air bizarre. Le pouls de Clara accélérait tranquillement, la peur s'emparait d'elle. L'homme lui fit savoir qu'il n'y avait pas de tonalité, qu'il ne pouvait donc pas appeler. Il se présenta; il se nommait Carl Desruisseaux. Clara se sentait un peu mieux, il était gentil. Pendant qu'ils parlaient, les lumières de la cuisine faiblirent, puis s'éteignirent; il n'y avait plus d'électricité. Carl et Clara se faufilèrent dans le salon pour avoir un peu de clarté. Au même moment, la porte d'entrée s'ouvrit doucement et on y aperçut un autre homme.

- Oh! Jean, je t'avais complètement oublié! s'exclama Carl.
- C'est gentil, dis son ami sur un ton détaché.
  Jean regarda dans la cuisine, puis un peu partout, comme s'il cherchait quelque chose... puis son regard s'arrêta sur Clara. Celle-ci recula; son coeur donnait des coups dans sa poitrine.
- Es-tu seule? lui demanda Jean.
- Oui, dit-elle. Bien, en fait, non... j'ai un chien. Il faudrait bien que j'aille le chercher, il est dans le garage. Je vais l'appeler.

Elle ouvrit la porte de la maison et cria sans arrêt le nom de la bête. Sa voix tremblait... ce garçon lui faisait peur. Anormalement, son chien ne vient pas. Clara regarda Carl et Jean, puis prit son imperméable et ses bottes, puis sortit dehors sans rien leur dire. Elle courut jusqu'au garage, éclaboussant ses jeans et se laissant mouiller les cheveux. En entrant dans l'entrepôt, elle pourra un cri des plus stridents. Carl arriva derrière elle. Son chien n'était pas là, lui qui ne quittait que cet endroit pour aller à la maison ou jours à l'extérieur. Clara regarda Carl avec les yeux remplis de colère.

- Où est Visa!? lui cria-t-elle.
- Je ne sais pas. Je n'ai rien fait, dit le garçon sur la défensive.
- Si c'est pas toi, c'est Jean! continua Clara.
- Il ne savait pas que tu avais un chien, Clara, dit Jean qui était appuyé contre la porte. On ne le savait pas.
  Il disait cela tellement bizarrement, comme s'il voulait l'hypnotiser.

Clara paniqua quand elle vit Jean mettre la main dans sa poche tout en regardant la jeune fille dans les yeux. Carl alla rejoindre son ami et lui chuchota quelque chose à l'oreille. Clara prit alors sa chance: elle sortit par l'arrière du garage et s'enfonça dans le bois. Elle entendit les deux garçons crier son nom, mais elle continua à courir. Elle était persuadée qu'ils voulaient la tuer. Puis, tout à coup, elle se prit les pieds dans une branche et tomba par terre, se cognant ainsi la tête contre un arbre et perdant connaissance.

Quand elle se réveilla, elle était dans son lit, bien au chaud, Visa à ses côtés. Elle se dit intérieurement "Ah, j'ai fait un rêve, rien qu'un rêve". Elle descendit l'escalier et se demanda en même temps pourquoi elle avait mal partout. Elle entendit des voix qui provenaient du salon où elle se rendit. Jean et Carl étaient là... elle les regarda tour à tour.

- Ce n'est pas vrai... dit-elle.
  Elle sentait de la sueur couleur sur son front et était incapable de bouger. Jean s'approcha d'elle et lui prit les mains.
- Ne me tuez pas, s'il vous plaît, ajouta Clara en les suppliant du regard.
- Clara, on n'a jamais voulu te tuer, dit Jean. C'était une blague.
- Mais, dit Clara, je ne vous connais même pas. Pourquoi m'avez-vous fait cela?
- Je sais, continua Jean. Une de tes amies, qui est ma blonde depuis deux semaines m'a demandé de te faire peur pour la venger d'un tour que tu y avais déjà fait.
- Claudine? demanda Clara.
- Exact, dit Carl. On est désolés... on ne voulait pas te faire si peur, mais j'avoue que j'ai aimé ça.
- Moi aussi, dit Jean, souriant.
- Je me demandais aussi pourquoi vous aviez tombé en panne dans ce coin perdu, dit Clara. Aussi, que le téléphone ne marche pas, que mon chien ait diparu et qu'on manque d'électricité toute la même journée...
- Oui, j'avoue... mais ça, c'était pas nous, dit Carl.

Les trois jeunes se regardèrent sans parler durant quelques minutes, pensifs et inquiets.


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