Histoire 2

Écrite par Voice, Lasriz, Andie, Akané,
Pain, Sympa et ...

Tard un soir du mois de juillet, Agnès sortit à l'extérieur de sa demeure en compagnie de son berger-allemand, Cookie. Tout énervé, le canin encore bébé sautillait d'un bord et de l'autre, content de pouvoir quitter la maison avec sa maîtresse. Dès qu'ils se retrouvèrent dehors, un vent doux et chaud les enveloppa et la jeune femme sourit tellement elle se sentait heureuse en ce moment. Elle marcha longtemps sans réfléchir et s'arrêta un moment près d'un cours d'eau qui longeait les nombreux chalets derrière elle. Même s'il lui avait été formellement interdit de venir se promener à cet endroit, Agnès ne voyait pas pourquoi elle s'empêcherait d'y venir. Tout était tellement tranquille à cette heure de la journée - ou de la nuit - qu'il serait surprenant qu'elle se fasse remarquer.

Soudainement, les yeux marrons de l'adolescente se tournèrent vers une petite maison à sa gauche et fixèrent un instant une fenêtre où de la lumière était encore visible. Elle était paralysée, mais elle se trouva un peu ridicule de réagir de cette façon... Qui s'amusait à regarder les personnes inconnues sur la plage? Même si on la remarquait, ce qui était peu probable puisqu'elle se trouvait au bord de l'eau et qu'il y régnait une obscurité dense, personne ne pourrait s'imaginer qu'il ne s'agissait pas d'une résidente d'un des chalets. Enfin, elle se força à continuer sa route et tira doucement sur la laisse de Cookie. Le chien se releva rapidement la tête et recommença à sauter un peu partout. Agnès sourit et commença à courir pour amuser un peu l'animal ainsi que pour se tenir en forme.

Tout à coup, le cabot stoppa sa course et la jeune femme dût s'arrêter elle aussi. Elle se pencha vers son berger-allemand et le caressa un peu parce qu'elle ignorait ce qu'il avait. Avant même qu'elle se rende compte que Cookie avait peur, elle entendit un son étrange derrière elle. L'adolescente se tourna sur elle-même et sursauta lorsqu'elle se rendit compte qu'une personne l'observait, debout, à quelques mètres d'elle. Il s’agissait d’un homme de race blanche, haut de plusieurs dizaines de centimètres, "ce qui est normal pour la saison", se dit Agnès. Ce nain chétif - s’il faut le préciser, précisons-le, le public a le droit de savoir - la regardait d’une manière attendrie, comme si jamais dans sa triste vie de nain frustré il n’avait eu l’occasion de regarder une jeune fille future mannequin tout à fait splendide à se cogner la tête contre les murs. Il restait de marbre, mais souriait. Autant certains nains quand ils restent de marbre peuvent faire la gueule, autant lui non, il souriait tranquille. Agnès se prit très vite d’affection pour ce nain chétif qui s’appelait en réalité Malcom, émigré juif de Nouvelle-Zélande. Malcom raconta en très peu de temps son histoire (faut-il rappeler que Agnès se trouvait à un endroit où elle n’aurait pas dû être??). Malcom était né un jour de printemps dans le Nebraska, sa mère navrée de sa petite taille et du fait que Malcom n’avait qu’un seul bras (détail important pour le reste de l’histoire) l’abandonna tristement à un cirque de chinois tortionnaires. Ayant réussi après 1253 tentatives avortées, à s’enfuir, Malcom avait rejoint le plus proche port et embarqué comme mousse dans le premier bateau qu’il vit (du verbe voir et non vuir). Malcom dût se battre au quotidien pour se faire respecter, lui, sa microscopique taille et son unique bras. Mais c’est à force d’acharnement et de persévérance que Malcom obtint le statut qui lui était dû: on ne le frappait plus à l’heure des repas, ce qui lui permettait de manger; les matelots ne l’humiliaient plus en présence de la cuisinière que Malcom avait, il faut l’avouer, à la bonne et avec qui il aurait bien perfectionné l’adresse de son unique main.

À vrai dire, Agnès ne fut pas surprise de croiser un nain puisqu'elle savait parfaitement que cet endroit était une sorte de réserve naturelle. Malcom lui raconta par quel heureux hasard il avait réussi à trouver cet endroit et tout ce que ça avait changé dans sa vie. Une fois son discours terminé, le nain demanda à Agnès ce qu'elle faisait là. Elle aurait aimé lui raconter la vérité, lui parler de ce qui la tracassait et lui avouer qu'elle était elle aussi obligée de se cacher. Tout ce qu'elle avait gardé sur le coeur ces derniers mois lui revenait en mémoire, mais elle savait malheureusement qu'elle ne pouvait se confier à personne, simplement parce que c'était une question de vie ou de mort. Heureusement, elle n'était pas seule, il y avait Cookie. Certes le chien était là avant tout pour la protéger, mais au fil du temps, il était devenu beaucoup plus pour elle. Ne pouvant donc avouer la vérité au nain, elle inventa rapidement une histoire pour expliquer sa présence. Elle était en vacances chez sa grand-mère, était sortie dehors pour prendre l'air et s'était perdue. Le nain lui sourit chaleureusement. "Ce n'est pas grave tu sais, ça arrive à tout le monde, dit-il. Ça me fait plaisir de voir des gens normaux et tu peux revenir me voir quand tu veux, j'en serai heureux". Agnès le remercia de son invitation, puis prit congé, car il était vraiment tard.

Elle regagna la demeure déserte qu'elle occupait depuis que sa solitude avait commencé. Ses nuits étaient tellement angoissantes depuis le drame, elle était sans cesse sur la défensive. Sa vie ne tenait qu'à un fil, elle avait tellement peur qu'il cède. Son sommeil était peuplé de cauchemars tous plus terrifiants les uns que les autres, elle voyait ces hommes et revivait sans cesse le massacre qui avait bouleversé sa vie. Ses parents lui manquaient terriblement, ses amis, sa vie d'avant. Il lui arrivait de penser à celle qu'elle était avant qu'on lui donne cette nouvelle identité, avant qu'elle soit obligée de se cacher dans un des endroits les plus perdus du pays, avec pour seuls voisins une cinquantaine de petits nains. Son histoire n'avait malheureusement rien à voir avec Blanche-Neige et aucun prince charmant ne pourrait la sortir de ce calvaire et lui rendre ses parents. Même le plus merveilleux des miracles n'aurait aucun effet. Elle verrouilla toutes les portes derrière elle et alla jusqu'à sa chambre, Cookie sur ses talons. Elle ouvrit l'un des tiroirs de son armoire et en sortit la photo d'une famille unie, vestige d'un passé bien lointain. Si seulement elle n'avait pas été là, si elle n'avait pas assisté au drame, elle aurait pu faire son deuil et recommencer une vie normale, mais les circonstances étaient toutes autres. Non seulement elle avait perdu les êtres les plus chers à ses yeux, mais elle les avait vus se faire massacrer sous ses yeux, et elle savait parfaitement qu'elle serait la prochaine... Malgré toutes les semaines qui avaient défilé devant elle depuis le drame et malgré tout l'espoir qui avait commencé à s'insérer et à grandir au fond de son âme, Agnès revivait cet affreux instants de son enfance à chaque minute de sa vie... Dès qu'elle fermait les yeux, dès que le silence se prononçait, tout lui revenait en mémoire et lui faisait affreusement mal. Elle n'y pouvait rien. Rien ne se contrôlait pas véritablement et elle savait qu'elle ne serait jamais libérée de ses souvenirs tant qu'elle resterait en vie. 

Cependant, elle tenait à demeurer en vie. Sa mort ne serait qu'une autre victoire de ces hommes et elle ne voulait pas que cela se produise. Cette fois-ci, elle voulait être la plus forte et elle allait l'être. Depuis plus de quatre ans qu'elle se sauvait de ces monstres, de ces mâles qu'elle aurait appelé humains si elle avait voulu les considérer de sa race; depuis tout ce temps qu'elle préparait son plan diabolique. La jeune femme savait qu'elle réussira à vaincre ses peurs, à passer par-dessus ces cauchemars et à enfin vivre normalement. Elle aurait voulu être ailleurs, entourée de ses amis, mais elle ne pouvait rien risquer. Si ces hommes la retrouvaient et découvraient qu'elle a des camarades, ils tueraient ces derniers avant de la détruire elle-même. C'est ce qu'ils ont fait avec sa famille et peut-être même avec quelques amis qu'elle avait auparavant. Agnès a vu ce qu'ils ont fait subir à ces êtres chers, à ces personnes qui valaient bien plus que sa propre vie... À la place de leur venir en aide, elle a fui. Maintenant, des regrets immenses lui ouvraient le coeur et son passé lui manquait. Seule au fond de cette maison, elle n'était rien pour personne. Elle avait disparu, comme si elle était morte. En fait, c'était ce qui était supposé se produire... elle devait mourir comme tous les autres. L'identité qu'elle avait maintenant était inconnue de tous et même la solitude que cela engendrait ne pouvait pas lui faire ressentir de l'angoisse face à cela puisque c'était la seule protection qu'elle possédait pour avoir le temps de finaliser son plan. Elle finit par s'endormir, mais comme chaque nuit son sommeil fut agité et elle se réveilla plusieurs fois en sueur.

Au petit matin, elle vit le soleil briller à travers les rideaux. Depuis combien de temps n'avait elle pas pu sortir en pleine journée et sentir la caresse du soleil sur sa peau? Elle se leva et se dirigea vers l'ordinateur portable qui se trouvait sur son bureau. C'était sa seule porte sur le monde extérieur, la seule chose qui lui permettait de n'être pas tout à fait isolée, et surtout l'outil principal de sa vengeance. Grâce à Internet, elle avait pu faire quelques recherches sur ceux qu'elle haïssait du plus profond de son coeur. Elle avait appris qui ils étaient, où ils vivaient, et toutes sortes d'informations qui pouvaient lui être utiles au cours de sa vengeance. Des noms, des adresses, même des photos... la haine qui brûlait au fond de son coeur n'était pas prête de s'éteindre, en tout cas pas tant qu'elle n'aurait pas fait justice et vengé les siens. Et quelque chose lui disait que ce moment n'était pas si éloigné que ça...

L'organisation qui l'a poursuivait était des plus organisées et elle devait se montrer efficace avant tout, ne rien dévoiler jusqu'à la surprise finale. La surprise finale... elle y avait tant réfléchi, tout imaginé dans les moindres détails, chaque nuit avant de s'endormir, elle se remémorait les moindres détails de son expédition. Cela devait être un coup de maître, quelque chose dont même les hommes en noirs qui étaient à ses trousses ne pouvaient se douter. Il fallait prendre le problème à la source. Il fallait quelque chose de spectaculaire, d'inattendu... il fallait tout faire sauter!!! Le siège de cette maudite organisation, son laboratoire secret où on l'avait séquestrée après le massacre pendant des nuits et d'où elle avait réussi à s'échapper par je ne sais quel miracle. On lui avait donné une chance et elle ne devait pas la gâcher, quitte à y laisser sa vie, elle devait essayer! Mais bien que son plan soit mis au point, il lui manquait du matériels, des armes, de la dynamite. Où une adolescente comme elle pourrait-elle trouver tout ça? Elle se rappela alors de ce dont lui avait un jour parlé son défunt grand frère, elle se revoyait dans leur jardin... " Je te jure!! Y'a même des armes qui se vendent sur Internet!!! C'est trop fort!!" Oui... c'était ça la solution... Bien sûr, c'était illégal, mais dans cette histoire, la loi ne comptait plus. Il fallait qu'elle se venge et elle se moquait éperdument de devenir une hors la loi. Elle avait assez de raisons pour expliquer son geste et sa fureur. La justice était incapable d'effacer l'outrage qu'elle avait subit et puis de toute façon, il n'y avait plus vraiment de justice... et ces hommes semblaient faire régner leur propre loi.

Elle pianota sur son clavier, cherchant des adresses de sites pirates. Voilà... Elle nota l'adresse qu'elle venait de trouver et cliqua sur "entrer". C'était exactement ce qu'elle cherchait, des tonnes et des tonnes d'armes, toutes plus puissantes que les autres. Les envois étaient camouflés dans des emballages portant le nom et le sigle d'une grande marque de vêtements. Agnès indiqua l'adresse d'une boîte postale et son faux nom, celui qu'elle utilisait depuis le drame. Dans 48h, grâce à la magie des colis chronoposts, elle recevrait sa commande. Elle se déconnecta, éteignit son ordinateur et le referma, un sourire satisfait sur les lèvres. Agnès était complètement perdue dans ses pensées, elle était incapable d'arrêter de réfléchir. Elle était fière de son plan diabolique et avait même hâte de réussir à obtenir vengeance contre ces hommes. Ces personnes habillées tout en noir, cette secte dans laquelle ils étaient tous... Eux qui n'acceptaient pas que certains adeptes dévoilent les secrets de leur doctrine parce que cela devenait trop dangereux pour leur réputation. Son frère Johnny avait fait l'erreur d'en dire une grosse partie à tous ceux qu'il connaissait, dont sa famille. Ensuite, il y a eu une sorte de chaîne... Agnès en a parlé à ses amis, Oliver (son autre frère) en a fait tout autant. Les parents n'ont rien dit à ce qu'il paraît, mais cela ne leur a pas été d'une grande utilité puisqu'ils se sont fait assassiner tout de même. L'adolescente n'a jamais compris pourquoi les meurtriers n'ont jamais été accusés et traînés en cour. Par contre, elle sait que la secte dont ils font partie est répandue à travers toute la planète. Elle a pensé que le gouvernement avait peut-être un rapport avec elle et qu'il ne pouvait pas leur faire de tort. En tout cas, tout cela n'avait plus aucune importance. Elle n'avait quand même pas cessé de vouloir venger sa famille et ses amis pour la simple raison qu'elle pouvait se ramasser en taule... Non, elle savait qu'après l'exécution de son plan, plus rien ne compterait. Également, la jeune femme savait qu'après tout cela, les chances d'avoir une vie normale étaient encore moindres. La nouvelle de ce qu'elle fera se répandra très rapidement à travers le monde, elle sera alors la principale personne à éliminer. Elle ne sait pas si elle se laissera tuer ou si elle leur enlèvera cette opportunité en s'enlevant la vie elle-même. C'est la seule partie de son plan qu'il lui restait à déterminer et elle savait que cela ne sera pas facile.

Agnès soupira tout en caressant doucement le pelage de Cookie qui venait de se coucher à ses côtés. Elle devra lui trouver une famille avant de partir... au cas où elle ne reviendrait jamais. Elle tenait à cet animal, c'était la seule famille qui lui restait en fin du compte. Elle voulait le meilleur pour lui et espérait lui trouver un domicile avec des êtres qui l'aimeraient autant qu'elle l'aimait. 

 

[suite...]

 

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